En France, plus de 400.000 entraîneurs bénévoles s’engagent chaque saison dans les 12.000 clubs affiliés à la FFF. Parmi eux, des milliers encadrent des équipes de football sans être rémunérés, des U7 du dimanche matin aux équipes seniors de district.
Ce statut d’entraîneur bénévole est souvent flou pour ceux qui veulent l’occuper : quels diplômes sont obligatoires, quels droits protègent le bénévole, peut-on percevoir un défraiement, et à partir de quel niveau le club est-il obligé de salarier son entraîneur ? Les règles applicables résultent du Statut des Éducateurs et Entraîneurs du Football de la FFF, complété, selon le niveau de compétition, par les statuts et règlements des ligues et districts.
Un entraîneur bénévole de football, qu’est-ce c’est ?
Au football, l’entraîneur bénévole est un éducateur ou un entraîneur qui encadre une équipe sans percevoir de salaire, et dont l’engagement peut être enregistré auprès de la FFF sous bordereau bénévole lorsque les règles applicables exigent une licence technique sous ce statut.
Ce document est l’équivalent fonctionnel du contrat de travail pour le statut salarié, il officialise la relation entre l’entraîneur et le club, précise les missions et permet à l’éducateur d’être couvert par l’assurance du club dans le cadre de son activité. (L’étendue exacte des garanties dépend toutefois du contrat d’assurance souscrit par le club et des conditions prévues par la licence)
« Est bénévole toute personne qui s’engage librement pour mener une action non salariée en direction d’autrui, en dehors de son temps professionnel et familial » Source : FFF
Le bordereau de bénévolat est obligatoire pour tout entraîneur ou éducateur qui n’est pas sous contrat salarié avec son club. Sans ce document, le club n’est pas en conformité avec le Statut des Éducateurs et Entraîneurs FFF, et l’entraîneur ne bénéficie pas de la protection qu’il offre. Cette obligation ne concerne pas nécessairement tous les bénévoles qui apportent une aide ponctuelle au club.
Un point important à retenir : un entraîneur bénévole titulaire d’une licence « Technique Nationale » ou « Technique Régionale » ne peut exercer aucune activité de joueur dans l’équipe qu’il encadre en tant qu’entraîneur principal ou adjoint. Le cumul des deux rôles dans la même équipe est interdit.
Quels diplômes pour entraîner bénévolement dans un club de foot ?
C’est l’une des questions les plus fréquentes, et la réponse dépend directement du niveau de la compétition dans laquelle évolue l’équipe encadrée. Le Statut des Éducateurs et Entraîneurs FFF fixe des exigences précises selon les championnats.
La règle générale est que le type de Diplôme Fédéral détenu par l’éducateur bénévole doit correspondre à la spécificité de la compétition dans laquelle il exerce. Le Statut FFF peut prévoir, dans certaines situations d’accession ou de dérogation, des dispositions permettant de tenir compte d’un écart limité entre le niveau de diplôme détenu et le niveau normalement requis. Cette possibilité n’est ni générale ni automatique.
En réalité, pour les niveaux où le Brevet de Moniteur de Football (BMF) est le diplôme standard requis et où il n’existe pas d’obligation de contrat, l’obligation d’encadrement peut être remplie par un éducateur bénévole titulaire d’un Diplôme Fédéral (REF, DF Jeunes, DF Seniors) correspondant à la spécificité de la compétition.
Diplômes et niveaux d’encadrement bénévole dans le football
Voici un tableau récapitulatif qui indique, selon le niveau de la compétition encadrée, le diplôme minimum requis et si le statut bénévole avec bordereau est autorisé ou si le salariat devient obligatoire.
| Niveau de la compétition | Diplôme minimum requis | Bénévolat autorisé ? |
|---|---|---|
| Équipes de très jeunes (U6 à U9, école de foot) | CFI (Certificat Fédéral d’Initiateur) adapté à la catégorie | Oui, avec bordereau |
| Équipes de jeunes (district, régional) | Diplôme Fédéral REF ou DF Jeunes | Oui, avec bordereau |
| Équipes seniors en district | Diplôme Fédéral DF Seniors | Oui, avec bordereau |
| Régional 1 | BMF minimum | Oui si BMF, avec bordereau |
| National 3 | BEF minimum | Possible avec bordereau sous conditions |
| National 2 | BEF minimum | Contrat salarié obligatoire |
| National 1 et au-dessus | BEF / BEPF | Contrat salarié obligatoire |
En aparté, la saison 2026-2027 marque un durcissement de ces exigences côté FFF, avec la fin de la période dérogatoire qui permettait jusque là un délai supplémentaire pour valider la formation continue des éducateurs.
Les diplômes fédéraux attendus sont désormais différenciés plus finement selon le championnat et le genre de la compétition, notamment entre seniors masculins et seniors féminines en régional 1 et régional 2. Un entraîneur bénévole a donc intérêt à vérifier chaque saison, auprès de son district ou de sa ligue, que son diplôme correspond toujours au niveau réellement exigé.
Les diplômes requis, les conditions de licence, les possibilités de bénévolat et les éventuelles obligations contractuelles peuvent varier selon la compétition, la catégorie, la ligue et le district concernés.
Il est donc indispensable de consulter le Statut des Éducateurs et Entraîneurs du Football de la FFF ainsi que le statut régional ou départemental applicable avant de confirmer la qualification nécessaire ou le statut de l’éducateur.
Droits et obligations de l’entraîneur bénévole au foot
Quelle protection en cas d’accident ?
L’entraîneur bénévole qui exerce dans le cadre du bordereau de bénévolat est couvert par l’assurance du club pour les accidents survenus lors de l’exercice de ses missions. C’est l’un des avantages concrets du bordereau par rapport à une situation informelle où aucun document n’est signé. Attention, la couverture en cas d’accident dépend des garanties prévues par la licence et par le contrat d’assurance concerné. Elle ne peut pas être déduite du seul bordereau de bénévolat.
Cette assurance responsabilité civile n’est pas une simple option laissée à l’appréciation du club. L’article L321-2 du Code du sport impose sa souscription aux associations sportives affiliées et sanctionne son défaut par une peine pouvant aller jusqu’à six mois d’emprisonnement et 7.500 euros d’amende pour le dirigeant responsable. Un entraîneur bénévole peut donc légitimement demander au club une attestation d’assurance avant de prendre en charge une équipe.
L’avantage fiscal
Un entraîneur bénévole qui renonce à se faire rembourser les frais engagés dans le cadre de son activité au profit du club peut bénéficier d’une réduction d’impôt.
Un bénévole qui renonce expressément au remboursement de frais engagés pour l’activité de l’association peut, sous conditions, bénéficier d’une réduction d’impôt égale à 66% du montant éligible, dans la limite de 20% du revenu imposable. Les frais doivent être réels, justifiés, engagés pour l’objet de l’association, inscrits dans sa comptabilité et faire l’objet d’une renonciation expresse au remboursement.
Cette disposition ne s’applique que si l’association remplit les conditions fiscales exigées pour être éligible aux dons et abandons de frais. L’affiliation à la FFF ne suffit pas, à elle seule, à établir qu’un club est un organisme d’intérêt général.
Une obligation de licence pour l’entraîneur bénévole
Les éducateurs et entraîneurs soumis au Statut FFF doivent détenir la licence correspondant à leur fonction et à leur niveau de qualification. Selon le cas, il peut s’agir d’une licence Technique Nationale, Technique Régionale, Éducateur Fédéral, Animateur Fédéral ou Stagiaire éducateur.
Cette licence est distincte de la licence joueur. Elle est demandée par le club selon la procédure fédérale et doit être renouvelée conformément aux règles applicables, notamment celles relatives à la validité de la licence et à la formation continue.
Le Statut FFF prévoit également une licence « Stagiaire éducateur », destinée aux personnes inscrites et participant effectivement à une session de formation BMF ou BEF, mais n’ayant encore validé aucun module. Elle permet d’encadrer légalement une équipe pendant la durée de la formation, sans attendre l’obtention du diplôme final. C’est une disposition utile pour les bénévoles qui ont entamé leur parcours de formation et souhaitent continuer à entraîner en attendant leur certification.
Le contrôle d’honorabilité, une vérification obligatoire
Tout éducateur sportif ou entraîneur bénévole titulaire d’une licence fait l’objet d’un contrôle d’honorabilité déclenché automatiquement par la fédération, via la consultation du bulletin n°2 du casier judiciaire et du fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAISV).
Cette vérification ne repose sur aucune démarche individuelle du bénévole. Certaines condamnations, prévues par l’article L212-9 du Code du sport, interdisent l’encadrement d’une activité sportive et empêchent la délivrance ou le renouvellement de la licence.
Peut-on être payé en tant qu’entraîneur bénévole ?
C’est la question qui génère le plus de confusion, et la frontière légale est importante à connaître pour le club comme pour l’entraîneur. Par définition, un bénévole ne perçoit pas de rémunération, mais deux situations sont légalement distinctes.
Remboursement de frais réels
Le remboursement de frais réels est autorisé pour un bénévole (déplacements, achats de matériel pour le club, frais de formation). Ces remboursements ne constituent pas une rémunération lorsqu’ils correspondent à des frais réellement engagés pour l’association, nécessaires à son activité et justifiés par des pièces comptables. La réalité des dépenses doit pouvoir être établie par l’association.
Pour bénéficier du dispositif fiscal relatif aux frais abandonnés, le bénévole doit également renoncer expressément au remboursement et l’association doit inscrire les frais dans sa comptabilité.
Concernant le remboursement des frais kilométriques, il doit rester dans les limites du barème fiscal utilisé par l’URSSAF. Cette limite est calculée selon la puissance du véhicule et la distance parcourue.
Au delà de ce barème, la part excédentaire perd son caractère de remboursement de frais et devient assujettie aux cotisations sociales. Il est donc conseillé à l’entraîneur bénévole de tenir un relevé de ses trajets et de conserver les justificatifs qui les rattachent à son activité, comme les feuilles de match ou les convocations du club.
Indemnités forfaitaires
Les indemnités forfaitaires sont une zone grise réglementaire. Le versement d’une somme forfaitaire régulière à un entraîneur présenté comme bénévole peut être requalifié en salaire déguisé par l’URSSAF ou le conseil de prud’hommes, ce qui expose le club à des redressements.
À partir du moment où une rémunération régulière est versée, le statut salarié s’impose, avec toutes les obligations qui en découlent (contrat de travail, cotisations sociales).
À partir de quel niveau le salariat devient-il obligatoire ?
Selon le Statut des FFF, les clubs évoluant en National 2 et au-dessus ont l’obligation de salarier leur entraîneur principal. En dessous de ce niveau, le bénévolat avec bordereau reste possible, même si de nombreux clubs choisissent volontairement de rémunérer leurs entraîneurs.
De bénévole à professionnel, comment évoluer dans le football ?
Beaucoup d’entraîneurs bénévoles aspirent à professionnaliser leur engagement dans le football. C’est une démarche réaliste, mais elle nécessite de construire un parcours structuré qui combine formation, expérience terrain et développement de compétences complémentaires.

La filière des diplômes d’État et fédéraux
Le parcours de professionnalisation d’un entraîneur bénévole part généralement du Diplôme Fédéral (REF, DF) pour progresser vers le Brevet de Moniteur de Football (BMF), puis le Brevet d’Entraîneur de Football (BEF), et pour les plus ambitieux vers le DESJEPS ou le BEPF. Chaque échelon ouvre des portes à des niveaux de compétition supérieurs et permet d’accéder à des postes salariés.
Pour aller plus loin sur cette filière, nos articles sur le BPJEPS foot et le DESJEPS football détaillent les conditions d’accès et les débouchés de chaque diplôme.
Les compétences complémentaires qui ouvrent des portes
Au-delà des diplômes d’entraîneur classiques, les clubs professionnels et semi-professionnels attendent de plus en plus des profils capables de combiner compétences tactiques et maîtrise des outils modernes du staff : analyse vidéo, lecture de données de performance, utilisation des logiciels de scouting.
Un entraîneur bénévole qui développe ces compétences en parallèle de son expérience terrain se distingue significativement sur un marché où les profils purement « terrain » sont nombreux.
Le réseau, un levier aussi important que le diplôme
Dans le football amateur, le réseau local et régional peut faciliter l’accès à des opportunités, notamment grâce aux contacts noués dans les clubs, les districts, les ligues et les formations. Les dirigeants qui ont vu travailler l’entraîneur, les collègues de district qui recommandent un profil, les contacts noués lors de formations FFF. Investir dans son réseau local et régional dès le début de son parcours bénévole est une stratégie de carrière à part entière.
Entraîneur bénévole dans le football, en résumé
Le statut d’entraîneur bénévole en football est encadré précisément par le Statut des Éducateurs et Entraîneurs FFF. Il peut être encadré par une licence et un bordereau bénévole lorsque les règles fédérales applicables l’exigent. Le niveau de qualification dépend de la compétition et des règlements nationaux, régionaux ou départementaux. Les titulaires de certaines licences techniques sont soumis à des restrictions concernant l’exercice simultané d’une activité de joueur.
Le remboursement de frais réels est possible sans remettre en cause le statut bénévole, mais tout versement forfaitaire régulier doit être encadré par un contrat salarié.
Pour ceux qui souhaitent professionnaliser leur engagement, le chemin passe par la formation continue, le développement de compétences complémentaires modernes (analyse vidéo, data) et la construction d’un réseau solide dans le milieu footballistique local et régional.