Je démarre ma formation agent de joueurs GRATUITEMENT →
Agent de joueurs
Article

Droits TV au football, fonctionnement et crise française

Comment fonctionnent les droits TV du football ? Ligue 1, Premier League, crise DAZN, Ligue 1+ : tout comprendre sur l’économie audiovisuelle du football.

IMG_7896
Yanis Ait Mohammed
droit_tv_football

En 2024-2025, Liverpool a perçu 200,5 millions d’euros de droits TV. La même saison, l’ensemble des 18 clubs de Ligue 1 se sont partagé 189,7 millions d’euros au total, soit moins qu’un seul club anglais. Ce chiffre résume à lui seul le gouffre économique qui s’est creusé entre le football français et ses concurrents européens, et il explique en grande partie pourquoi les clubs de Ligue 1 peinent à retenir leurs meilleurs joueurs et à rivaliser sur le marché des transferts.

Les droits TV au football sont devenus le principal moteur économique à l’échelle professionnelle. Comprendre comment ils fonctionnent, comment ils sont répartis et pourquoi la Ligue 1 traverse une crise sans précédent depuis 2024, c’est comprendre les fondements de l’économie du football.

Les droits TV au foot

Les droits TV désignent le droit de diffuser des matchs de football à la télévision ou sur des plateformes numériques, accordé par les ligues et les fédérations à des diffuseurs en échange d’une somme d’argent. Ce droit porte à la fois sur la diffusion en direct des rencontres et sur la production d’extraits, de résumés et de contenus dérivés.

Dans le football professionnel, les droits TV représentent aujourd’hui la principale source de revenus pour la plupart des clubs. En France, ils constituaient historiquement entre 50% et 70% du budget de nombreux clubs de Ligue 1, hors PSG. Cette dépendance aux droits audiovisuels explique pourquoi leur effondrement a des conséquences directes et immédiates sur les budgets de recrutement, les salaires et la capacité des clubs à se maintenir à un niveau compétitif.

Les droits TV se décomposent en deux catégories distinctes. 

  • Les droits domestiques sont vendus aux diffuseurs du pays concerné pour la diffusion sur le territoire national. 
  • Les droits internationaux sont vendus à des diffuseurs étrangers pour la retransmission dans d’autres pays, et représentent une part croissante des revenus des grands championnats, notamment la Premier League.

Comment fonctionnent les droits TV dans le football ?

La vente des droits / l’appel d’offres

En France, la Ligue de Football Professionnel (LFP) est l’entité qui gère et commercialise les droits TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2. Elle organise des appels d’offres auprès des diffuseurs potentiels, qui soumissionnent pour obtenir le droit de diffuser un certain nombre de matchs par journée de championnat. Le contrat est généralement conclu pour plusieurs saisons, ce qui garantit une visibilité budgétaire aux clubs sur le moyen terme.

L’UEFA gère de son côté les droits des compétitions européennes (Ligue des champions, Ligue Europa, Ligue Conférence), qu’elle commercialise globalement ou par territoire selon les compétitions.

La répartition entre les clubs

Une fois les droits encaissés par la LFP, la redistribution aux clubs suit une formule précise, révisée périodiquement. Depuis la réforme de 2024, la formule repose sur quatre piliers : 

  • la part fixe égale pour tous les clubs
  • le classement sportif de la saison en cours
  • le classement sportif des cinq dernières saisons (pour valoriser la régularité)
  • le classement UEFA du club (pour valoriser la représentation européenne)

En pratique, les 18 clubs de Ligue 1 se sont partagé 706 millions d’euros en 2022-2023, 495 millions en 2023-2024 et seulement 189,7 millions en 2024-2025. Cette chute vertigineuse traduit directement la crise des droits audiovisuels du football français.

Droits TV et la crise Ligue 1

Mediapro et le premier effondrement (2020)

La crise actuelle des droits TV trouve ses racines dans le fiasco Mediapro de 2020. En 2018, le groupe sino-espagnol avait remporté les droits de la Ligue 1 pour 780 millions d’euros par saison, un montant record qui avait suscité un enthousiasme immédiat dans les clubs français.

Mais Mediapro s’est avéré incapable d’honorer ses paiements dès les premiers mois, entraînant la rupture du contrat et laissant la Ligue 1 sans diffuseur majeur en pleine crise sanitaire. Amazon Prime Vidéo et Canal+ avaient alors pris le relais dans l’urgence pour un montant bien inférieur aux attentes.

L’arrivée et le départ de DAZN (2024-2025)

Pour le cycle 2024-2029, DAZN avait remporté les droits principaux de la Ligue 1 contre 400 millions d’euros annuels, avec beIN Sports couvrant un match par journée pour 100 millions d’euros supplémentaires, soit un total de 500 millions d’euros par saison de droits domestiques. Mais l’accord a rapidement montré ses limites. 

DAZN n’a jamais atteint son objectif de 1,5 million d’abonnés, stagnant autour de 500 000 abonnés entre octobre et décembre 2024 selon L’Équipe. Des retards de paiement à la LFP ont suivi, avant que DAZN n’annonce son retrait à la fin de la saison 2024-2025.

Ligue 1+ : la solution par défaut

Après les défections de DAZN et de beIN Sports, la LFP n’a eu d’autre choix que de lancer sa propre chaîne, Ligue 1+, qui diffuse l’intégralité des matchs du championnat à partir de la saison 2026-2027.

La plateforme avait dépassé 1,026 million d’abonnés à la mi-septembre 2025, avec un objectif de 1,15 million d’abonnés visé pour la fin de la saison 2025-2026, ce qui dépasse les prévisions les plus pessimistes, mais les revenus restent très inférieurs aux contrats précédents : entre 80 et 110 millions d’euros au total pour l’ensemble des 18 clubs en droits domestiques nets pour la saison 2025-2026, après déduction des charges LFP et du fonctionnement de la plateforme.

Nicolas de Tavernost, à la tête de LFP Media, a lui-même reconnu que Ligue 1+ n’était qu’une « solution par défaut », tout en espérant distribuer 100 millions d’euros supplémentaires aux clubs la saison suivante.

Évolution des droits TV domestiques de la Ligue 1

Voici comment les droits TV domestiques ont évolué dans la Ligue 1 depuis 2018, diffuseur par diffuseur, pour mesurer concrètement l’ampleur de l’effondrement :

PériodeDiffuseur(s) principal(aux)Montant annuelClubs bénéficiaires
2018-2020Mediapro (contrat rompu)780M€ (prévu)Non versé
2020-2024Amazon Prime Video + Canal+~250M€ net/clubs18 clubs L1
2022-2023Amazon + Canal+706M€ brut totalPartagé entre 18 clubs
2023-2024Amazon + Canal+495M€ brut totalPartagé entre 18 clubs
2024-2025DAZN + beIN Sports189,7M€ brut totalPartagé entre 18 clubs
2025-2026Ligue 1+ + beIN Sports~180-220M€ brut estiméPartagé entre 18 clubs

Droits TV Ligue 1 vs Premier League

Le contraste avec la Premier League illustre l’ampleur du décrochage économique du football français. Lors du dernier appel d’offres fin 2023, la Premier League a obtenu un montant record de 6,7 milliards de livres pour un cycle de quatre saisons, soit une moyenne de 1,675 milliard de livres (environ 1,95 milliard d’euros) par saison à partir de 2025-2026.

En 2024-2025, Liverpool a perçu à lui seul 200,5 millions d’euros de droits TV, Arsenal 196,6 millions, Manchester City 189,7 millions. Southampton, dernier et relégué de Premier League cette même saison, a touché 125,2 millions d’euros. Autrement dit, le dernier club d’Angleterre a perçu davantage de droits TV que l’ensemble des 18 clubs de Ligue 1 réunis lors de la même saison.

Cette réalité a des conséquences directes sur les équilibres du marché des transferts. Les clubs anglais peuvent proposer des salaires et des indemnités de transfert sans commune mesure avec ce que peuvent se permettre les clubs français, ce qui explique l’exode massif des meilleurs joueurs de Ligue 1 vers la Premier League et la difficulté croissante à retenir les profils à fort potentiel, comme le montrent les mécanismes des transferts qui structurent ces flux. 

Comparatif des droits TV domestiques par grand championnat (2025-2026)

Voici un comparatif des droits TV domestiques par grand championnat européen pour la saison 2025-2026, avec les revenus du premier et du dernier club à titre d’illustration : 

ChampionnatMontant annuel droits domestiquesRevenus du dernier clubRevenues du 1er club
Premier League (Angleterre)~1,95 milliard €~125M€ (Southampton)~200M€ (Liverpool)
Serie A (Italie)~900M€VariableVariable
La Liga (Espagne)~900M€VariableVariable
Bundesliga (Allemagne)~900M€VariableVariable
Ligue 1 (France)~180-220M€ (estimé)~5-8M€~18-22M€

La crise des droits TV foot

La crise des droits TV en France n’est pas qu’une question économique abstraite. Chez Formations Football, on remarque qu’elle modifie concrètement le quotidien de tous les professionnels qui travaillent dans et autour des clubs.

Pour un directeur sportif ou un gestionnaire de club, la chute des droits TV impose une révision complète des modèles économiques. Les clubs qui dépendent de ces revenus pour financer leurs recrutements et leurs académies de foot doivent désormais développer d’autres sources de revenus : billetterie, merchandising, partenariats commerciaux et valorisation de l’immobilier sportif. C’est une compétence de gestion financière directement liée aux responsabilités d’un directeur sportif ou d’un manager de club.

Pour un agent de joueur, la crise des droits TV en France a un impact direct sur les enveloppes de transfert et de salaires disponibles dans les clubs de Ligue 1. Négocier un contrat avec un club français en 2026 n’a plus rien à voir avec ce que c’était en 2018, quand les clubs anticipent les revenus Mediapro.

Un agent sportif qui comprend la structure économique du championnat de son client, et son lien direct avec le fair-play financier, peut mieux adapter sa stratégie et ses attentes salariales.

Les droits TV dans le football, en quelques mots

Les droits TV sont le principal carburant économique du football professionnel. En France, leur effondrement depuis 2020 a créé une crise structurelle qui menace la compétitivité de la Ligue 1 à l’échelle européenne. Les droits audiovisuels domestiques de la Ligue 1, évalués à plus d’un milliard d’euros en 2018, sont tombés à 400 millions en 2024-2025 avant de s’effondrer davantage encore avec la sortie de DAZN et de beIN Sports.

Le lancement de Ligue 1+ représente une tentative inédite de reprendre le contrôle de la valorisation du championnat, mais ses revenus restent très insuffisants pour compenser les pertes accumulées. Le football français se retrouve à un carrefour : soit il trouve un modèle économique audiovisuel viable, soit l’écart avec les autres grands championnats continue de se creuser, avec des conséquences directes sur la capacité des clubs à recruter et à conserver leurs meilleurs joueurs.

Pour quiconque travaille dans le football, comprendre cette mécanique économique est aussi essentiel que de maîtriser les règles du jeu. C’est ce qui permet d’anticiper les décisions des clubs, de comprendre pourquoi certains recrutements sont impossibles, et de se positionner intelligemment dans un marché en mutation profonde.