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Multipropriété football, comment ça fonctionne et ce que ça change vraiment

Qu’est-ce que la multipropriété dans le football ? Liste des groupes, exemples concrets, enjeux pour les transferts et la carrière des joueurs. Tout ce qu’il faut comprendre.

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Yanis Ait Mohammed
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En dix ans, le nombre de clubs engagés dans une structure de multipropriété a été multiplié par six. Fin 2024, 342 clubs dans le monde faisaient partie d’un tel réseau, contre moins de 60 une décennie plus tôt. Ce chiffre illustre quelque chose de fondamental sur la façon dont le football professionnel se restructure, et sur les nouvelles règles du jeu que doivent comprendre les agents, les dirigeants et tous ceux qui travaillent dans l’industrie.

La multipropriété n’est plus l’exception. En Angleterre, en France, en Espagne, en Belgique et au Portugal, plus d’un tiers des clubs de première division appartenaient déjà à une structure de multipropriété fin 2024. En Ligue 1, 13 clubs sur les 18 que comptait le championnat étaient concernés à l’été 2024.

Qu’est-ce que la multipropriété dans le football ?

La multipropriété football (ou multi-club ownership (MCO) en anglais) désigne une situation dans laquelle un même investisseur, fonds ou groupe détient une participation significative dans plusieurs clubs de football distincts, que ce soit sous forme de contrôle majoritaire ou d’influence décisive.

« Une situation dans laquelle une partie exerce un contrôle et/ou une influence décisive sur plus d’un club. » UEFA 

Comme le mets en avant l’UEFA, la multipropriété ne se limite pas aux rachats complets. Par exemple, un fonds qui détient 30 % d’un club tout en contrôlant un autre à 80 % peut très bien tomber sous cette définition dès lors qu’il influence les décisions sportives des deux structures.

En pratique, les modèles varient. Certains groupes construisent un réseau de clubs comme un écosystème intégré, avec une philosophie de jeu commune, des pipelines de recrutement coordonnés et des flux de joueurs entre les entités. D’autres ont une logique purement financière, avec des participations minoritaires dans plusieurs clubs sans réelle coordination sportive.

La distinction entre les deux modèles n’est pas que sémantique, elle conditionne la réglementation applicable et les tensions que le phénomène génère sur le marché des transferts.

Les grands groupes de multipropriété en football

Voici les principaux groupes propriétaires actifs en Europe à ce jour, avec leurs clubs affiliés :

Principaux groupes de multipropriété en football européen (2024-2025)

Groupe propriétaireClub principalAutres clubs affiliés (sélection)Origine
City Football GroupManchester City (ENG)Girona (ESP), New York City FC (USA), Melbourne City (AUS), Troyes (FRA), Mumbai City (IND) Émirats arabes unis (ADUG)
Red Bull GmbHRB Leipzig (ALL)Red Bull Salzburg (AUT), NY Red Bulls (USA), Bragantino (BRÉ)Autriche
INEOS (Jim Ratcliffe)Manchester United (28,94 %)OGC Nice (FRA), Lausanne-Sport (SUI)Royaume-Uni
BlueCo (Todd Boehly)Chelsea (ENG)RC Strasbourg (~100 %)États-Unis
Friedkin GroupEverton (ENG, 99,5 %)AS Roma (ITA), Cannes (FRA)États-Unis
Eagle Football (John Textor)Lyon (FRA)Botafogo (BRÉ), Crystal Palace (participation)États-Unis
777 PartnersStandard de Liège (BEL)Genoa (ITA), Séville (ESP, 11 %), Vasco da Gama (BRÉ)États-Unis

City Football Group était le cas le plus emblématique avec 13 clubs lors de la saison 2024-25, et Manchester City comme vaisseau amiral.

À savoir : le portefeuille de 777 Partners indiqué dans le tableau est historique. Depuis ses difficultés financières en 2024, le groupe a perdu ou cédé plusieurs actifs, notamment Gênes en décembre 2024 et le Standard de Liège en 2025.

Pourquoi ce modèle se développe aussi vite ?

La pandémie de Covid-19 a joué un rôle d’accélérateur. Les fragilités financières de nombreux clubs européens ont créé des opportunités d’acquisition à des valorisations historiquement basses, attirant des investisseurs (notamment américains) qui percevaient les clubs comme des actifs sous-évalués avec un fort potentiel de croissance globale.

Mais l’attrait ne s’arrête pas aux valorisations. Le modèle multi-clubs présente des avantages structurels réels pour un propriétaire ambitieux.

Le pipeline de talent 

Posséder plusieurs clubs à différents niveaux de compétition permet de développer d’identifier des talents dans un environnement contrôlé, de les faire monter en puissance dans un club satellite avant de les intégrer au club principal ou de les revendre avec une plus-value. Red Bull en a fait un modèle d’affaires : Salzburg forme les joueurs, Leipzig les valorise, et les transferts vers l’élite génèrent des revenus significatifs.

La diversification géographique

Un groupe qui possède des clubs en Europe, en Amérique et en Asie accède à des marchés différents, des droits télévisés distincts et des sources de revenus complémentaires.

Chez Formations Football, ce que nous observons dans nos formations, c’est que ce modèle redessine aussi les carrières dans le football : les postes de coordinateur de réseau, de responsable du développement des joueurs à l’échelle d’un groupe, ou d’agent spécialisé dans les flux intra-groupe n’existaient tout simplement pas il y a dix ans.

Transferts et agents : ce que la multipropriété change concrètement

Les transferts intra-groupe : Le cas Emanuel Emegha

Le cas Emanuel Emegha résume mieux que n’importe quelle théorie ce que la multipropriété change dans la pratique. 

Emanuel Emegha, la multipropriété entre Strasbourg et Chelsea

En septembre 2025, Chelsea annonce un accord préalable pour recruter l’attaquant et capitaine de Strasbourg Emanuel Emegha à l’été 2026, avec un contrat de sept ans. Le joueur reste à Strasbourg pour la saison 2025-26. Deux clubs, un seul propriétaire (BlueCo, groupe de Todd Boehly), et une décision prise au niveau du groupe bien avant que le joueur ait quitté la Ligue 1. Strasbourg sert de club de développement, Chelsea récupère le produit fini.

Ce type de mouvement intra-groupe se multiplie avec la montée en puissance des réseaux multi-clubs. Sur le papier, le mécanisme ressemble à un transfert ordinaire : contrat, indemnité éventuelle, changement de club. 

Dans la réalité, les conditions sont souvent négociées entre deux entités qui partagent les mêmes actionnaires, ce qui pose des questions légitimes sur les prix de transfert pratiqués et sur la réalité commerciale de l’opération. 

Le rôle de l’agent face aux groupes multi-clubs

Pour un agent de joueur, la situation est inédite. Si son client évolue dans un club satellite et intéresse le club principal du même groupe, qui négocie réellement avec qui ? L’enjeu n’est pas seulement contractuel : l’agent doit s’assurer que le timing du transfert, les conditions salariales et la durée du contrat servent les intérêts du joueur, et non ceux du groupe. Dans le cas Emegha, la question se pose directement avec un contrat de sept ans signé avant même de jouer une minute en Premier League, c’est un pari considérable pour le joueur. Son agent a-t-il eu les moyens de négocier face à une décision déjà actée au niveau du groupe ?

Certains agents ont d’ailleurs développé des relations privilégiées avec des groupes multi-clubs, ce qui leur donne accès à plusieurs marchés simultanément. C’est un levier commercial réel, mais qui soulève une question fondamentale sur la représentation exclusive : quand un agent travaille régulièrement avec Chelsea et Strasbourg, représente-t-il encore le joueur, ou représente-t-il le groupe ?

Ce que dit la réglementation UEFA et FIFA

La réglementation est encore en construction, ce qui est précisément l’une des tensions majeures du phénomène.

L’UEFA a posé une règle de base qui est qu’un même partie ne peut pas exercer une influence sur plus d’un club participant à la même compétition européenne. 

Lorsque deux clubs liés par une même structure participent à une compétition européenne, l’UEFA peut imposer des restrictions : interdiction de transferts directs ou indirects entre les clubs, fin des accords techniques, commerciaux ou de scouting communs, et restructuration de la gouvernance. Pour la saison 2024-25, les transferts entre Manchester City et Girona, ainsi qu’entre Manchester United et Nice, ont notamment été interdits pendant trois fenêtres de transferts.

En 2023, 39 des 55 fédérations nationales membres de l’UEFA avaient adopté des règles encadrant ou limitant la multipropriété au niveau domestique. Mais la dispersion des approches nationales crée des angles morts, ce qui est interdit dans un championnat peut être autorisé dans un autre, ce qui encourage les montages transfrontaliers.

Les solutions les plus utilisées par les groupes pour se mettre en conformité sont les suivantes : 

  • La mise en fiducie aveugle de certaines participations, comme pour Girona ou Nice.
  • L’interdiction temporaire des transferts directs ou indirects entre clubs concernés.
  • La fin des accords de coopération technique, commerciale, de scouting ou de partage de bases de données.
  • La restructuration de la gouvernance et la réduction de certaines participations.

Ces mesures sont souvent perçues comme des contournements plutôt que comme de vraies solutions, et la pression réglementaire devrait s’intensifier dans les prochaines années.

Le cas Crystal Palace illustre les limites actuelles du système. Crystal Palace a été retiré de la Ligue Europa 2025-26 et reversé en Ligue Conférence, où il a débuté au tour de barrages. L’UEFA a estimé que John Textor avait, au 1er mars 2025, un contrôle ou une influence décisive sur le club anglais tout en étant majoritaire à Lyon via Eagle Football. Palace a fait appel, mais le TAS a confirmé la décision de l’UEFA le 11 août 2025.

La multipropriété football, en résumé

En moins de dix ans, la multipropriété est passée d’un phénomène marginal à l’une des réalités structurelles du football européen. Derrière les rachats de clubs et les montages financiers, c’est toute l’organisation du marché des transferts, du développement des joueurs et des relations entre agents et clubs qui se redessine.

Pour quiconque travaille ou veut travailler dans le football professionnel, comprendre ces réseaux de propriété n’est plus optionnel. Un agent qui ignore que son client évolue dans un club satellite d’un grand groupe négociera dans l’obscurité. Un dirigeant qui ne voit pas les logiques de flux intra-groupe passera à côté des décisions qui façonnent le marché autour de lui. La réglementation rattrapera progressivement la réalité du terrain, mais dans l’intervalle, la maîtrise de ces mécanismes est un avantage concurrentiel réel pour les professionnels du secteur.